Jeanne d'Arc et les ordres mendiants suivi de La canonisation de Jeanne d'Arc (French Edition)

Mittelalterlich

Extrait :

Jeanne d’Arc et les ordres mendians
Jeanne d’Arc n’est pas seulement le type le plus achevé du patriotisme, elle est encore l’incarnation de notre pays dans ce qu’il a de meilleur. Il y a dans la physionomie de l’héroïne du XVe siècle des traits qui la rattachent à la France de tous les temps, l’entrain belliqueux, la grâce légère, la gaité primesautière, l’esprit mordant, l’ironie méprisante en face de la force, la pitié pour les petits, les faibles, les malheureux, la tendresse pour les vaincus. De tels dons appartiennent pour ainsi dire à notre tradition nationale, et la libératrice d’Orléans les a possédés à un si haut degré que cette face de son génie a frappé la plupart de ses historiens.
Mais il y a d’autres traits de la physionomie de Jeanne d’Arc, — non moins touchans, quoiqu’ils nous semblent aujourd’hui un peu étranges, — qui portent l’empreinte particulière et comme la marque, non-seulement de la France du XVe siècle, mais même des quatre ou cinq années, d’un caractère très original, qui ont précédé sa mission. Et ce que l’on remarque au premier abord, lorsqu’on l’étudié de ce point de vue, c’est l’influence prépondérante que les moines les plus populaires de la fin du moyen âge, les religieux mendians, paraissent avoir exercée sur la nature de sa dévotion et aussi, dans une certaine mesure, sur l’éveil de sa vocation patriotique. Nous croyons avoir comblé une lacune en recherchant curieusement les traces de cette influence, et nous offrons ici au public le résultat de nos recherches. Toutefois, le lecteur voudra bien ne pas se méprendre sur le but que nous avons poursuivi. Montrer en effet que la Pucelle a trouvé dans le milieu où elle a vécu quelques-uns des élémens de son inspiration, ce n’est diminuer, à le bien prendre, ni son mérite, ni sa grandeur.

I
L’histoire des ordres mendians au moyen âge est un drame dont la rivalité entre les dominicains ou frères prêcheurs et les franciscains ou frères mineurs forme l’intrigue. Les prêcheurs, dits en France jacobins à cause de leur couvent de la rue Saint-Jacques, l’emportaient généralement par la science sur les religieux, des autres ordres. Fiers d’avoir compté dans leurs rangs saint Thomas d’Aquin, ils s’attribuaient au sein de l’église une sorte de suprématie théologique. Aussi, dans les conciles comme à la barre des tribunaux ecclésiastiques, à la cour des princes comme dans les chaires des universités, brillaient-ils partout au premier rang. Moins savans et moins familiers avec les grands de la terre, les franciscains étaient en revanche beaucoup plus mêlés à la vie de tous que les dominicains. Laissant à ceux-ci la primauté dans le domaine du haut enseignement, ils s’adonnaient surtout à la prédication populaire, où ils n’avaient pas de rivaux. Animés d’un zèle vraiment apostolique, ils se tournaient aussi avec ardeur vers ce que nous appelons aujourd’hui les missions étrangères, et les noms des religieux de cet ordre sont en majorité sur la liste des évêques in partibus infîdelium aux XIVe et XVe siècles. Ce rôle d’apôtres des gentils, entouré de cet attrait de l’inconnu qui frappe toujours l’imagination de la foule, ne contribua pas peu à accroître leur popularité. Gardiens du tombeau du Christ, il n’y avait pas de pays barbare où ils n’eussent pénétré. Une terre nouvelle n’était pas plus tôt découverte que là milice franciscaine, vaillante troupe d’avant-garde, s’empressait d’y porter la parole de Dieu. C’est ainsi que des cordeliers, ayant à leur tête Jean de Baeza, vicaire apostolique, avaient fait partie de l’expédition du Normand Jean de Béthencourt aux îles Canaries, en 1417 ; ils avaient même fondé dans la plus’ importante de ces îles, à Forteventura, une église que le pape Martin V érigea en évêché, le 20 novembre 1424, au profit de frère Martin de Las Casas.
Tandis que les frères mineurs se couvraient de gloire dans ces missions lointaines, les frères prêcheurs au contraire compromettaient leur crédit dans de vaines…


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